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Citoyens en mouvement

Politique, culture, éducation, formation pour la vie démocratique - blog créé le 10 mai 2006

Marxisme : à propos de la baisse tendancielle du taux de profit (partie 3)

La chute, à partir de 2000 est due à la baisse du taux de marge. Le renforcement de l’exploitation n’a pas été aussi important qu’en Allemagne (politique Schröder), ce que nos gouvernements actuels cherchent à rattraper.

Telle est l’explication marxiste la plus classique de la crise. Pour Marx, la baisse tendancielle du taux de profit est une loi fondamentale qui traduit la contradiction entre la propriété privée des moyens de production et le caractère social des forces productives. A terme, le capitalisme ne pourra plus faire progresser celles-ci. Marx a donné les éléments fondamentaux de la compréhen­sion des crises dans le Livre III du Capital. Pour lui, la crise est cyclique et inéluctable, parce qu’elle découle de la dynamique de l’accumulation. A l’inverse, les économistes keynésiens l’attribuent à des « erreurs » de la politique économique.        [34 min]

La « suraccumulation du capital » est l’autre nom de ces situations de faible rentabilité du capital, c’est-à-dire de faibles taux de profit, voire de taux de profit négatifs, conduisant à des faillites et par conséquent à une réduction en cascade du chiffre d’affaires et des profits des autres capitalis­tes, conduisant à encore plus de faillites (le mécanisme de la crise ouverte). Et l’explication de Marx suggère que cette situation est la cause de l’exportation des capitaux des pays impérialistes vers les pays tiers (thèse que développera Lénine) : il s’agit d’aller exploiter la force de travail des autres. Rosa Luxembourg (L’accumulation du capital) contestait Marx en affirmant qu’une partie de la plus-value ne pouvait être réinvestie.

Dans le mécanisme de la crise selon Marx, il y a une issue : les faillites d’entreprises produisent une dévalorisation du capital constant tandis que le chômage dévalue le capital variable. Aujour­d’hui cependant, ce mécanisme ne fonctionne plus très bien et l’on n’arrive pas à sortir de la crise des années 1960-1970. Les Etats intervenant massivement pour sauver les grandes entreprises  et les grandes banques, on n’a pas connu l’effondrement du système productif qui s’est produit dans les années 1930 et dont la réédition représenterait un risque politique majeur. Mais ce sauvetage a bloqué le mécanisme de sortie de crise et la dévalorisation massive du capital qui ferait repartir la machine. Actuellement, on est dans une croissance très faible avec des microcycles qui évoluent à partir de bulles financières.

Deuxième type d’analyse marxiste de la crise, à partir de la sous-consommation. C’est là où les marxistes rejoignent les keynésiens. Pour ces auteurs, ce ne serait pas l’insuffisance du taux de profit qui étoufferait l’économie, mais l’insuffisance de la demande, c’est-à-dire des salaires, la mévente des marchandises et la sous-consommation. Ils considèrent qu’on a imposé une  baisse des salaires par le chômage pour restaurer le profit (qui avait fléchi dans les années 1970), mais celui-ci n’a pas été réinvesti à cause des faibles perspectives laissées par l’assèchement du pouvoir d’achat. Telles sont, en particulier, les analyses de Michel Husson. Cette hausse des profits non investis entraîne une explosion de la consommation de luxe des capitalistes et la multiplication des placements financiers. Ceux-ci forment des « bulles » que l’on qualifiera de « spéculatives » car elles correspondent à une crise « de réalisation » du profit sur les marchandises déjà produites (et qu’on n’arrive pas à vendre) ou qu’on a prévu de produire (et dont on a abandonné la production). (Crise « de réalisation » qu’on pourrait opposer à une crise « de valorisation » dans l’interprétation précédente). Ici, les politiques d’austérité aggraveraient la crise.

Sylvain Billot n’adhère pas à cette explication. En effet, elle implique de rechercher une solution dans la hausse des salaires et des dépenses publiques. Ce genre de mesure diminuerait encore plus le taux de profit déjà trop bas. Comme on l’a vu plus haut (reproduction élargie), les dépen­ses publiques proviennent de prélèvements sur la plus-value. [48 min 30]

Troisième type d’analyse. Pour Duménil et Lévy, on est en présence d’une crise d’hégémonie de la finance. Une nouvelle classe de cadres du capitalisme financier mènerait une offensive pour augmenter leurs revenus et contrôler l’économie mondiale. Exemple-type, le coup de force de Paul Volker, le ministre américain (directeur de la Réserve Fédérale de 1979 à 1987) qui, en 1981, a augmenté les taux d’intérêt jusqu’à 20% pour lutter contre l’inflation. Cette décision a provoqué une récession et un enrichissement considérable des capitalistes financiers prêtant aux entreprises et aux Etats ainsi qu’un développement disproportionné de la financiarisation. Rien à voir avec un défaut de rentabilité de l’économie réelle. C’était une politique de classe conduisant à « l’économie-casino », aux bulles financières et aux rentes prédatrices. Duménil et Lévy appellent à une alliance entre travailleurs et encadrement pour revenir à l’investissement productif.

Pour vérifier cette interprétation il faut se demander comment le profit est utilisé. On remarquera tout d’abord que Marx n’attribue pas l’investissement productif aux caprices des capitalistes mais à la pression de la concurrence. Ensuite, on examinera l’utilisation des « ressources disponibles » des entreprises, constituées par les profits et les emprunts. Ces ressources peuvent financer (1) des investissements, (2) des impôts, (3) des dividendes (« revenus nets de la propriété » en Comp­tabilité Nationale), (4) des acquisitions d’actifs qui ne sont pas des investissements.

En France, constate-t-on un décrochage de la part de ces « ressources » consacrée à l’investisse­ment productif? La réponse est non, et la part de la propriété (rubriques 3 et 4) n’a pas réellement augmenté (voir plus loin). En d’autres termes, on ne peut pas attribuer la faiblesse de l’investisse­ment à la rétention d’une partie de plus en plus importante du profit (normalement investie) à des fins de consommation ou d’opérations financières spéculatives. Cette idée, commune à la seconde et à la troisième interprétations, n’est pas vérifiée. Certes, la part des dividendes (rubrique 3) a augmenté, mais ceci a été contrebalancé par la baisse des taux d’intérêt.

D’ailleurs, il faut distinguer les dividendes bruts et les dividendes net. Les entreprises achètent de plus en plus des actions et titres d’autres entreprises pour se constituer un « trésor de guerre » (rub­rique 4). On doit par conséquent neutraliser ces flux inter-entreprises pour évaluer les vrais « divi­dendes aux actionnaires ».

En France tout au moins, on ne peut confirmer l’hypothèse d’un décrochage de la part du profit destiné à l’investissement : la faiblesse de l’investissement est bien due à la faiblesse du profit. Du point de vue des capitalistes, les politiques d’austérité sont donc parfaitement logiques pour res­taurer le profit. On revient donc à l’idée que dans le cadre du capitalisme, il n’existe pas d’autre solution à la crise que la chute du niveau de vie et les souffrances qui accompagnent la dévalo­risation du capital : misère, destruction et même la guerre. Il faut donc chercher des solutions hors du capitalisme.    [60 min 55]

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