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Citoyens en mouvement

Politique, culture, éducation, formation pour la vie démocratique - blog créé le 10 mai 2006

Note de lecture : l'extrême-centre ou le poison français à propos de Macron

Extrait de la note de Damien AUGIAS sur nonfiction.fr du 23 juin 2019

A la recherche d’une trajectoire historique : « l’extrême centre » de la Révolution à nos jours

L’historien Pierre Serna, quant à lui, dans son essai incisif L’extrême centre ou le poison français, nous apporte un regard diachronique, d’abord éloigné dans le temps (depuis les années décisives de la Révolution, qu’il connaît par cœur) mais dont la profondeur historique est finalement très utile à la compréhension du présent, sans simplisme ni anachronisme. En usant parfois d’arguments et de références étonnantes pour un universitaire – mais qui a toujours cultivé son originalité, ne serait-ce qu’en étudiant « l’animal en Révolution » –, l’historien s’attarde sur la manière de gouverner d’Emmanuel Macron qui s’inscrit selon lui parfaitement dans ce qu’il appelle un « poison », celui de « l’extrême centre » : « flexible, prétendu modéré mais implacable qui vide de sa substance démocratique la République en la faisant irrémédiablement basculer vers la république autoritaire ». Le macronisme, pour Pierre Serna, n’est donc pas une Révolution (titre de son ouvrage de campagne, qui n’a pas échappé à l’ancien directeur du vénérable Institut d’histoire de la Révolution française de la Sorbonne !), mais une « vieille histoire », puisant sa source dans une tradition politique éprouvée depuis le premier épisode révolutionnaire de 1789-1793, puis lors de chaque crise politique grave, en 1795 (Thermidor), 1799 (coup d’Etat de Bonaparte), 1815 (chute de Napoléon), 1851 (coup d’Etat de Louis Napoléon Bonaparte), 1958 (retour de De Gaulle) et, finalement, en 2017-2019…Si la démonstration ne convaincra sans doute pas tous les lecteurs, il faut saluer néanmoins l’effort de mise en perspective !

Dans ses considérations plus contemporaines, Pierre Serna se demande in fine si « le macronisme est un extrême centre comme les autres ». Et, là encore, les analogies avec l’histoire offrent un matériau intéressant pour tenter de comprendre pourquoi l’art de gouverner de Macron est passé en moins de deux ans de « l’héroïsme » électoral triomphant (une forme de bonapartisme par les urnes) à un « Etat d’exception permanent » au sein duquel « la fuite vers l’ordre sécuritaire » (En marche forcée ?) semble rattraper la « bienveillance » des premiers mois. Bien entendu, l’historien de la Révolution ne peut s’empêcher de trouver des échos au « grand débat national » (les fameux cahiers de doléances de 1789) et à la révolte populaire qui le précède…Nous voilà, d’une certaine manière, « en marche à reculons de l’histoire », selon l’expression malicieuse de l’auteur, jouant de la même manière que Marx avec la « farce » hégélienne, à propos du coup d’Etat de Louis Napoléon Bonaparte…

 

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