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Citoyens en mouvement

Politique, culture, éducation, formation pour la vie démocratique - blog créé le 10 mai 2006

Roissy et l'affaire des badges

J'ai vu dernièrement un reportage à la télévision sur les salariés de la plate-forme aéroportuaire de Roissy Charles de Gaulle qui se trouve à 20 minutes de Creil par l'autoroute A1. Rappelons que beaucoup de personnes de notre agglomération travaillent à Roissy.
Ces salariés, pour des raisons de sécurité, sont porteurs de badges qui leur permettent d'accéder à leur zone ou poste de travail. Ces badges sont délivrés ou retirés par les autorités préfectorales. Sans ce badge le salarié ne peut donc se rendre à son poste de travail. Lorsque celui-ci lui est retiré, le salarié est donc privé de son emploi et bien souvent de façon arbitraire.  En effet les badges peuvent être retirés sur la base d'un simple rapport des services de police qui évoquerait des soupçons d'éventuels liens du salarié avec une entreprise terroriste ou de relations avec des organisations qui seraient elles-mêmes plus ou moins suspectes. Il s'agirait donc de documents qui ne sont pas sensés établir obligatoirement des preuves mais des soupçons : c'est à dire qu'ils se baseraient sur une appréciation tout à fait subjective de la police en dehors de toute vérification sérieuse par  la justice, l'appréciation étant fondée a priori sur le principe de précaution maximum et non sur celui de la vérification par des faits. 
On ne peut donc être indifférent à ce qui est en train de se passer puisqu' un non-renouvellement de badge par le Préfet se traduit automatiquement par une interdiction de travailler dans les zones en question, c’est-à-dire par un licenciement, sans préavis ni indemnités. L'aéroport de Roissy qui rassemble des dizaines de milliers de salariés sur ces zones deviendrait donc ainsi un territoire d'exception, une zone de non-droit avec une situation qui favoriserait la menace anti-revendicative et anti-syndicale ?

En effet, selon plusieurs syndicalistes, un certain nombre de dirigeants des entreprises de la plate-forme se servent  de la situation ainsi créée pour exercer des pressions sur les salariés. Ainsi, lors de conflits récents on a vu des patrons, user du chantage au non-renouvellement de badge pour tenter de faire céder des grévistes ou vouloir leur interdire de faire grève en «zone réservée». Sans oublier certaines accusations,   dans certains cas sans aucun fondement, ce que la justice a reconnu, contre des employés de confession musulmane  qu’on avait privés de badge en les suspectant de soutenir des organisations terroristes.
 
Il n'est pas certain que la méthode de retrait de badge soit la meilleure pour lutter contre une éventuelle menace terroriste. L'Etat qui se désengage de plus en plus de la sécurité des aéroports en la confiant à des sociétés privées ne prend-il pas le risque de "bavures" très graves ? Demander à certains personnels des aéroports d'être plus vigilants peut se comprendre, mais à chacun son métier.

On ne s'improvise pas  professionnels du renseignement et de la sécurité. Cette tendance, sous prétexte de responsabilisation, faisant croire que chacun est capable de surveiller, est plutôt un phénomène dangereux, car elle développe un climat de suspicion généralisée et de division. Avoir le type méditerranéen, porter un nom arabe, être musulman deviendraient-ils à eux seuls des critères de suspicion comme si un attentat terroriste ne pouvait être commis, même pour le compte d'Al Quaida, par exemple par une personne de type européen, portant un nom anglais et de confession catholique. N'oublions pas que, beaucoup de criminels n'agissent pas obligatoirement par idéologie mais très souvent et tout simplement pour l'argent. 
 
Plutôt que la multiplication d'officines privées de sécurité, il vaut mieut privilégier les services de la police nationale et l'armée qui doivent être sous le contrôle des pouvoirs publics. La gendarmerie qui a une forte expérience dans le renseignement est sans doute la mieux placée pour mener des enquêtes en amont afin de  pister les éventuels auteurs d'actes terroristes. La police  nationale peut aussi contribuer à ce travail par des surveillances ciblés notamment sur les milieux  de la criminalité à tous les niveaux.
 
Dans le contexte actuel, on est en droit de penser que les tenants du système peuvent tirer avantage, sous prétexte de lutte anti-terroriste, de mesures qui favorisent l'arbitraire et certains chantage contre les salariés dans ces zones d'exception et plus généralement contre l'ensemble des salariés.  Les citoyens doivent interpeller leurs  parlementaires et le gouvernement  Les démocrates doivent  rester très  vigilants.
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