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Politique, culture, éducation, formation pour un monde en mouvement et particulièrement informations sur la Chine - blog créé le 10 mai 2006

LA STRATÉGIE MORTIFÈRE ET ULTRA DANGEREUSE DE MÉLENCHON

Depuis 2017, la stratégie de Jean-Luc Mélenchon consiste à structurer la vie politique autour d’un affrontement frontal avec le Rassemblement national. L’objectif implicite est clair : installer un face-à-face durable entre « le peuple » et « l’extrême droite », marginaliser les autres forces, et recréer les conditions d’un duel au second tour de la présidentielle. Cela n’a rien à voir avec une construction démocratique et organisée dans le monde du travail pour la lutte des classes et tout à voir avec une vaste opération politicienne électoraliste en vue de la future présidentielle dont la bipolarisation est le piège dans lequel la bourgeoisie enferme notre peuple depuis la 5e République.

Ce calcul repose sur une hypothèse : si la gauche populiste apparaît comme la seule force capable d’affronter le RN, alors le « vote utile » se portera sur elle dès le premier tour. Cette logique a été visible en 2022, lorsque le discours insoumis appelait explicitement à « l’union populaire » autour d’un leadership unique, au détriment d’autres forces de gauche.

Mais cette stratégie de polarisation permanente a un effet pervers : elle contribue à installer le RN comme adversaire principal, donc comme alternative crédible. En cherchant à construire une dualité exclusive avec l’extrême droite, on participe objectivement à sa centralité.

LA DÉDIABOLISATION DU RN : UN PROCESSUS À PLUSIEURS MAINS

La dédiabolisation du RN ne tombe pas du ciel. Elle est le fruit d’un long processus engagé par lui-même sous la direction de Marine Le Pen, mais aussi facilité par d’autres forces politiques.

Sous François Hollande, l’état d’urgence et certaines inflexions sécuritaires ont contribué à banaliser des thématiques autrefois cantonnées à l’extrême droite. Sous Emmanuel Macron, la stratégie du « en même temps » a souvent consisté à reprendre des éléments de langage ou des terrains (immigration, sécurité, identité) qui ont déplacé le centre de gravité du débat public.

Dans ce contexte, la stratégie de surenchère conflictuelle de La France insoumise a, paradoxalement, servi le RN. En dramatisant chaque affrontement, en théâtralisant les oppositions à l’Assemblée nationale, en cultivant une rhétorique de rupture permanente, elle a offert au RN l’occasion de se présenter comme une force « calme », « institutionnelle », voire « raisonnable » par contraste.

L’inversion du stigmate a alors été facilitée : ceux qui dénonçaient l’extrême droite comme violente ou anti-républicaine ont été eux-mêmes accusés d’alimenter la tension et la conflictualité. Le RN n’a eu qu’à se poser en parti d’ordre face au chaos.

UN SCHÉMA OBSERVABLE AILLEURS : LA POLARISATION COMME MODE DE GESTION DU SYSTÈME

Ce mécanisme ne se limite pas à la France. Dans plusieurs pays, on observe une bipolarisation structurée entre une droite nationaliste et une gauche populiste, chacune tirant profit de l’autre.

En Italie, le face-à-face entre le Movimento 5 Stelle et la Lega de Matteo Salvini a longtemps structuré la vie politique, avant que la normalisation de l’extrême droite ne conduise à l’arrivée au pouvoir de Giorgia Meloni.

En Espagne, la tension permanente entre Podemos et Vox a contribué à installer Vox comme acteur central du débat public, alors même qu’il était initialement marginal.

En Amérique latine, le cycle d’affrontement entre Jair Bolsonaro et le camp de Luiz Inácio Lula da Silva au Brésil illustre comment la polarisation extrême peut renforcer les deux pôles, tout en laissant intactes les structures profondes du système économique et institutionnel.

Aux États-Unis, la dynamique d’affrontement entre Donald Trump et le Parti démocrate a, elle aussi, consolidé une bipolarisation radicalisée. Chacun mobilise son camp en désignant l’autre comme menace existentielle, mais les fondamentaux du système politique et économique demeurent largement inchangés.

Dans ces configurations, la polarisation n’abolit pas le système : elle le stabilise en canalisant la colère sociale vers une alternative strictement encadrée.

LE CALCUL DU « VOTE UTILE » ET LA TENTATION DU DUEL FINAL

Dans tous ces cas, la gauche populiste parie sur une mécanique électorale : plus l’extrême droite monte, plus elle apparaît comme le seul rempart crédible, et inversement. Le second tour devient l’horizon stratégique central. On cherche moins à construire une majorité sociale durable qu’à organiser un duel spectaculaire.

En France, cette logique a été explicitement assumée par certains stratèges insoumis : faire éclater l’ancien clivage gauche-droite, marginaliser les forces intermédiaires, et provoquer un face-à-face avec le RN au second tour. Mais cette stratégie est risquée : elle suppose que la dynamique finale jouera en faveur de la gauche populiste. Or rien ne garantit que le duel ne tourne pas à l’avantage de l’extrême droite.

UNE QUESTION POUR LE PCF  QUI EST AU COEUR D’UNE CONTRADICTION STRATÉGIQUE 

Le PCF est aujourd’hui au cœur d’une contradiction majeure qu’il lui appartient de résoudre rapidement. 

Continuer à s’inscrire dans une logique d’alignement tactique sur une stratégie populiste de confrontation permanente, héritière à sa manière des recompositions issues du mitterrandisme — qu’il soit hollandiste ou mélenchoniste —, ou assumer une ligne indépendante, de classe, de masse, fondée sur l’organisation autonome du monde du travail.

Cette seconde voie est plus exigeante, elle est celle de la refondation révolutionnaire et marxiste d’un PCF de lutte des classes rassemblant le prolétariat dans sa diversité sociologique. Elle implique de renoncer aux facilités du « vote utile », de reconstruire patiemment une implantation dans le monde du travail, de faire avancer le marxisme comme outil de libération dans la vie sociale, syndicale et populaire, et de ne compter d’abord que sur ses propres forces. C’est sans doute la seule stratégie capable de rompre réellement avec la logique de bipolarisation qui, sous couvert d’affrontement spectaculaire, contribue à sauver le système qu’elle prétend combattre et qui, étant en crise systémique, ne pourra aucunement apporter les solutions que seul le socialisme (au sens de l’appropriation sociale des grands moyens de production) pourra fournir.

Le choix est stratégique, historique. Il engage non seulement l’avenir du PCF, mais celui des travailleurs, du peuple, de la Nation.

Jean-Paul LEGRAND
19/02/2026

Image : toile du peintre français Boris Taslitszky - Les greves de juin 1936 - commentaire : ces grèves ont été déterminantes pour le progrès social et la montée de la conscience de classe démontrant que les progrès pour les travailleurs sous le capitalisme dépendent surtout d’abord et avant tout de l’unité et de la mobilisation de masse du monde du travail. La gauche française fête cet événement mais paradoxalement elle néglige dans la pratique son organisation politique dans les zones industrielles et plus largement dans les entreprises. 

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