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30 Septembre 2026
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UN PAYS NE VIT PAS D’IDÉES SEULEMENT : IL VIT DE CE QU’IL PRODUIT
Un pays ne vit pas seulement de débats institutionnels, de campagnes électorales ou de déclarations politiques. Il vit de sa capacité à produire : énergie, logements, machines, transports, médicaments, alimentation, services, connaissances, technologies. Derrière chaque richesse créée se trouvent du travail humain, des qualifications, des équipements, des infrastructures et des rapports sociaux.
C’est pourquoi la question de la production est au cœur de toute transformation sociale. Le texte du 40ᵉ congrès du PCF lui-même affirme que l’industrie « permet de faire vivre les territoires, de répondre aux besoins humains » et de financer les conquêtes sociales et les services publics. Il présente également le développement des capacités productives comme devant être orienté vers la satisfaction des besoins humains et le respect des exigences sociales et écologiques. (PCF Paris 19)
Créer des cellules dans les entreprises revient donc à intervenir sur ce que l’on pourrait appeler le nerf de la guerre économique et sociale : la production de la richesse.
Mais produire davantage ne suffit pas. La question décisive est : que produit-on, pour quels besoins, avec quelles ressources, dans quelles conditions de travail et avec quelle finalité sociale et environnementale ?
UN CAPITAL TRÈS CONCENTRÉ, UNE PRODUCTION ET UN TRAVAIL FRAGMENTÉS
La réalité française présente une contradiction particulièrement éclairante. En 2023, l’Insee dénombre près de 5,2 millions d’entreprises marchandes. Pourtant, le système productif est extrêmement concentré : les grandes entreprises et les ETI, qui représentent moins de 0,2 % des entreprises, réalisent 58 % de la valeur ajoutée et emploient plus de la moitié des salariés en équivalent temps plein. (Insee)
La concentration économique ne signifie donc pas que les travailleurs produisent tous dans quelques lieux facilement identifiables. En 2022, 16,8 millions de salariés travaillaient dans 1,7 million d’établissements employeurs. Les entreprises peuvent en outre être constituées de multiples établissements locaux, parfois dispersés géographiquement. (Insee)
À cette dispersion s’ajoute la sous-traitance : en 2021, 38 % des entreprises des secteurs marchands non agricoles et non financiers déclaraient avoir recours à la sous-traitance, pour un montant estimé à 372 milliards d’euros, soit près de 13 % de leur chiffre d’affaires hors taxes. Une entreprise sur deux intervenait ainsi dans une chaîne de sous-traitance, comme donneuse ou preneuse d’ordre. (Insee)
La fragmentation du travail n’est donc pas une impression : elle correspond à des transformations réelles de l’organisation productive.
Cela contribue à rendre plus difficile la perception d’une réalité pourtant commune : le salarié d’un sous-traitant, celui d’un grand groupe, l’intérimaire, le technicien, l’ouvrier, l’employé des services logistiques ou le salarié d’un service public peuvent appartenir à une même chaîne de production et dépendre de décisions prises à plusieurs centaines de kilomètres.
Le capital peut être concentré au sommet tandis que le travail est dispersé à la base.
C’est précisément là que se pose la question de l’organisation communiste.
LA CELLULE : CONNAÎTRE LA PRODUCTION POUR COMPRENDRE LE RAPPORT DE CLASSE
Le texte adopté pour le 40ᵉ congrès donne à la cellule une fonction qui va bien au-delà d’une simple présence militante. Il la présente comme un « point d’appui central des combats communistes » et comme un moyen de « mailler l’ensemble du territoire » à partir des réalités locales. Il rappelle également que la cellule de quartier, de lieu de travail ou de lieu de vie demeure un échelon essentiel de l’organisation communiste. (PCF Paris 19)
Cette orientation prend tout son sens dans l’entreprise.
C’est là que l’on peut connaître concrètement les effectifs, les métiers, les qualifications, les horaires, l’intérim, les investissements, les machines, les fournisseurs, les sous-traitants, les donneurs d’ordre, les carnets de commandes, les projets de délocalisation ou de modernisation.
Prenons une entreprise industrielle qui introduit une nouvelle automatisation. La question ne peut pas être seulement : combien d’emplois vont disparaître ? Il faut aussi demander : quelles qualifications nouvelles apparaissent ? Quels gains de productivité sont réalisés ? Où vont-ils ? Pourquoi ne permettraient-ils pas de réduire la pénibilité ou le temps de travail ? Qui décide de l’investissement ? Qui possède les données produites par les nouveaux systèmes numériques ?
La révolution numérique et l’intelligence artificielle rendent cette interrogation encore plus actuelle. En 2025, 18 % des entreprises françaises de dix salariés ou plus déclaraient utiliser au moins une technologie d’intelligence artificielle, contre 6 % en 2023 ; cette proportion atteignait 58 % parmi les entreprises de 250 salariés ou plus. (Insee)
La technologie transforme donc déjà les forces productives. Mais une technologie n’a pas, par elle-même, de finalité sociale : son utilisation dépend des choix économiques et des rapports de pouvoir.
La cellule communiste doit précisément porter cette question : qui décide de l’évolution de la production et dans quel intérêt ?
PRODUIRE DAVANTAGE, MAIS POUR LES BESOINS HUMAINS ET L’AVENIR DU PAYS
Le développement des forces productives ne doit pas être opposé au progrès social ou écologique. La question est celle de leur orientation.
Produire davantage de médicaments utiles, d’équipements énergétiques, de logements, de transports collectifs, de machines-outils ou de technologies permettant d’économiser les ressources peut accroître les capacités du pays tout en répondant à des besoins sociaux.
À l’inverse, une décision productive peut être économiquement rentable à court terme tout en détruisant une capacité industrielle, en aggravant une dépendance extérieure ou en augmentant les émissions de gaz à effet de serre.
Le texte du 40ᵉ congrès fait explicitement de cette contradiction un enjeu politique : il propose de développer les capacités productives tout en les orientant vers « la satisfaction des besoins humains » et les exigences sociales et écologiques. Il associe cette orientation à la planification démocratique, à la socialisation de la propriété et à de nouveaux pouvoirs des travailleurs dans les entreprises. (PCF Paris 19)
La cellule est donc utile précisément parce qu’elle permet de partir du réel. Elle peut transformer une question apparemment technique — fermeture d’un atelier, investissement, automatisation, sous-traitance, énergie, crédit — en question politique : quels choix de production servent réellement le pays et la population ?
Dans cette perspective, la critique marxiste du capitalisme constate que la propriété privée des grands moyens de production donne à une minorité le pouvoir de décider de l’affectation d’une part considérable des richesses produites par le travail de plus en plus socialisé alors que cette socialisation nécessite des rapports nouveaux qui permettraient à ceux qui produisent d’avoir le pouvoir de décider et d’agir sur ce dont ils sont de plus en plus dépossédés.
SYNDICAT ET CELLULE : DEUX ORGANISATIONS, DEUX FONCTIONS
Reconstruire les cellules ne signifie pas remplacer les syndicats.
Le syndicat organise les travailleurs autour de leurs intérêts collectifs immédiats : salaires, emploi, conditions de travail, temps de travail, protection sociale, droits et dignité au travail.
La cellule communiste intervient sur une autre dimension : elle cherche à relier les luttes quotidiennes à la question du pouvoir économique et politique.
Une lutte contre une fermeture peut ainsi conduire à poser la question de la propriété de l’entreprise. Une bataille sur les salaires peut conduire à interroger la répartition de la valeur créée. Une lutte contre une réorganisation peut ouvrir le débat sur les choix d’investissement. Une mobilisation contre une délocalisation peut poser la question de la maîtrise des filières industrielles et du crédit.
Le syndicat peut donc organiser le rapport de force revendicatif ; la cellule, dans la conception communiste, cherche à donner à ce rapport de force une perspective politique de transformation sociale.
C’est aussi pourquoi le 40ᵉ congrès insiste sur la nécessité de concentrer les forces communistes dans les lieux où les travailleurs sont nombreux et où les antagonismes de classe sont particulièrement présents. Il propose notamment à chaque section d’identifier un lieu d’activité militante structurant et récurrent.
RECOMPOSER LA CONSCIENCE DE CLASSE POUR CONQUÉRIR LES POUVOIRS
Le problème n’est donc pas seulement de faire revenir les communistes dans les entreprises et les territoires productifs et zones d’activités. Il est de recomposer ce que la fragmentation du travail a contribué à disperser : une conscience commune de classe.
Lorsque la production est organisée en grandes chaînes de valeur, avec donneurs d’ordre, sous-traitants, établissements multiples et décisions financières éloignées des lieux de travail, les travailleurs peuvent avoir plus de difficultés à percevoir ce qui les relie.
La cellule peut précisément devenir un outil de connaissance et de liaison : entre entreprises d’un même bassin, entre salariés directs et sous-traitants, entre industrie et services, entre travailleurs actifs et retraités, entre les lieux de production et les territoires.
Un territoire industriel peut ainsi être considéré non comme une juxtaposition d’entreprises isolées mais comme un système productif : une usine, ses sous-traitants, ses fournisseurs, ses transports, son énergie, ses services, ses qualifications, ses établissements de formation et les besoins de la population.
La bataille devient alors celle du pouvoir sur cette réalité productive.
Qui décide des investissements ? Qui décide des fermetures ? Qui décide de l’utilisation des gains de productivité ? Qui décide de l’affectation du crédit ? Qui décide des filières industrielles à développer ? Qui décide des transformations écologiques et numériques ?
Le texte du 40ᵉ congrès inscrit précisément la reconstruction de la conscience de classe dans la perspective d’une conquête des pouvoirs par le monde du travail. Il établit ainsi un lien entre implantation dans les lieux de travail, luttes sociales, organisation communiste et transformation politique. (Congrès PCF 2026)
La cellule d’entreprise n’est donc pas un retour nostalgique vers une forme ancienne d’organisation. Elle peut être conçue comme un instrument adapté à une réalité nouvelle : un capital très concentré, des chaînes de production éclatées, des technologies qui bouleversent le travail et une nécessité croissante de maîtriser démocratiquement les choix productifs.
Partir de l’entreprise, c’est partir de la production de la richesse. Partir de la production, c’est poser la question de son utilisation. Poser cette question, c’est nécessairement interroger les rapports de pouvoir qui déterminent aujourd’hui les choix économiques.
C’est en ce sens que la reconstruction des cellules dans le monde du travail peut constituer un axe stratégique : reconstruire, à partir des lieux où la richesse est produite, les conditions politiques d’une unité de la classe travailleuse autour d’un projet de transformation sociale.
Jean-Paul LEGRAND
20/09/2026
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