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Politique, culture, éducation, formation pour la vie démocratique - blog créé le 10 mai 2006

Philosophie : de la dialectique selon Lénine

L'identité des contraires (leur « unité », dirait-on peut-être plus exactement, bien que la distinction des termes identité et unité ne soit pas ici particulièrement essentielle. En un certain sens, les deux sont justes) est la reconnaissance (la découverte) des tendances contradictoires, s'excluant mutuellement, opposées, dans tous les phénomènes et processus de la nature (dont ceux de l'esprit et de la société). La condition pour connaître tous les processus de l'univers dans leur « automouvement », dans leur développement spontané, dans leur vie vivante, est de les connaître comme unité de contraires. Le développement est « lutte » des contraires. Les deux conceptions fondamentales (ou les deux possibles ? ou les deux observées dans l'histoire) du développement (de l'évolution) sont : le développement comme diminution ou augmentation, comme répétition, et le développement comme unité des contraires (dédoublement de l'un en contraires s'excluant mutuellement et rapports réciproques entre eux).

La première conception du mouvement laisse dans l'ombre l'automouvement; sa force motrice, sa source, son motif, (ou bien transporte cette source en dehors : dieu, sujet, etc.). La deuxième conception dirige l'attention principale précisément sur la connaissance de la source de l' « auto »-mouvement. . _ .

La première conception est morte, terne, desséchée. La deuxième est pleine de vie. Seule la deuxième donne la clef de l' « automouvement » de tout ce qui est ; seule elle donne la clef des « sauts », de l' « interruption dans la gradation », du « changement en contraire », de l'abolition de l'ancien et de la naissance du nouveau.

L'unité (coïncidence, identité, équivalence) des contraires est conditionnelle, temporaire, transitoire, relative. La lutte entré contraires s'excluant mutuellement est absolue, comme sont absolus le développement et le mouvement.

NB : le subjectivisme (le scepticisme et la sophistique, etc.) se distingue de la dialectique, entre autres, en ce que dans la dialectique (objective) la différence entre le relatif et l'absolu est elle-même relative. Pour la dialectique objective, dans le relatif il y a l'absolu. Pour le subjectivisme et la sophistique, le relatif est seulement relatif et exclut l'absolu.

Marx, dans le Capital, analyse d'abord le rapport de la société bourgeoise (marchande) le plus simple, habituel, fondamental, le plus massivement répandu, le plus ordinaire, qui se rencontre des milliards de fois : l'échange des marchandises. L'analyse fait apparaître dans ce phénomène élémentaire (dans cette « cellule » de la société bourgeoise) toutes les contradictions (ou les germes de toutes les contradictions) de la société contemporaine. L'exposé nous montre ensuite le développement (et la croissance et le mouvement) de ces contradictions et de cette société dans le Σ2 de ses diverses parties, depuis son début jusqu'à sa fin.

Telle doit être la méthode d'exposition (ou d'étude) de la dialectique en général (car la dialectique de la société bourgeoise chez Marx n'est qu'un cas particulier de la dialectique). Que l'on commence par le plus simple, habituel, massivement répandu, etc., par n'importe quelle proposition : les feuilles de l'arbre sont vertes ; Jean est un homme ; Médor est un chien, etc. Ici déjà (comme l'a remarqué génialement Hegel), la dialectique est là ; le particulier est général (cf. Aristoteles, Metaphysik, trad. Schwegler, Bd. II, S. 40, 3. Buch, 4. Kapitel, 8—9 : « denn natürlich kann man nicht der Meinung sein, daß es ein Haus — la maison en général — gebe außer den sichtbaren Haüsern », « οὐ γὰρ ἂν θείημεν εἶναί τινα οἰκίαν παρὰ τὰς τινὰς οἰκίας »3. Donc, les contraires (le particulier est le contraire du général) sont identiques : le particulier n'existe pas autrement que dans cette liaison qui conduit au général. Le général n'existe que dans le particulier, par le particulier. Tout particulier est (de façon ou d'autre) général. Tout général est (une parcelle ou un côté où une essence) du particulier. Tout général n'englobe qu'approximativement tous les objets particuliers. Tout particulier entre incomplètement dans le général, etc., etc. Tout particulier est relié par des milliers de passages à des particuliers d'un autre genre (choses, phénomènes, processus), etc. Il y a déjà ici des éléments, des embryons du concept de nécessité, de liaison objective de la nature, etc. Le contingent et le nécessaire, le phénomène et l'essence sont déjà ici, car en disant : Jean est un homme, Médor est un chien, ceci est une feuille d'arbre, etc., nous rejetons une série de caractères comme contingents, nous séparons l'essentiel de l'apparent et nous opposons l'un à l'autre.

Ainsi, dans toute proposition on peut (et on doit), comme dans une « maille », une « cellule », mettre en évidence les embryons de tous les éléments de la dialectique, montrant ainsi que la dialectique est inhérente à toute la connaissance humaine en général. Quant aux sciences de la nature, elles nous montrent (et, encore une fois c'est ce qu'il faut montrer sur tout exemple le plus simple) la nature objective avec ses mêmes qualités, le changement du particulier en général, du contingent en nécessaire, les passages, les modulations, la liaison mutuelle des contraires. C'est la dialectique qui est la théorie de la connaissance (de Hegel et) du marxisme : voilà à quel « aspect » de l'affaire (ce n'est pas un « aspect », mais le fond de l'affaire) Plékhanov, pour ne rien dire d'autres marxistes, n'a pas prêté attention.

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