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Citoyens en mouvement

Politique, culture, éducation, formation pour la vie démocratique - blog créé le 10 mai 2006

ELECTION PRESIDENTIELLE : REFORMISME OU LUTTE DE CLASSES ?

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Le leader de la France insoumise, Jean-Luc Mélenchon a organisé une consultation pour être désigné, par des citoyens, candidat à la future élection présidentielle de 2022. Il n’y a pas eu la possibilité pour des membres de la FI de se présenter candidat à la candidature. Il n’y a pas eu la possibilité pour les citoyens sollicités pour investir le candidat FI d’avoir le choix entre plusieurs candidats dans un mouvement qui se réclame pourtant de la diversité des points de vue en son sein ou d’un débat préalable sur le fond d’une telle candidature. Remarquons par conséquent qu’en matière de démocratie la FI n’a pas progressé avec Jean-Luc Mélenchon qui fort de son résultat de 2017 utilise une méthode discutable d’auto-désignation plébiscitée par plus de 150.000 citoyens.
En ignorant ses partenaires pour un large rassemblement des forces de gauche, de progrès et ecologistes, il les mets en porte-à-faux tentant de profiter de son ex-légitimité d’ancien candidat de 2017 aux 7 millions de voix dont il se réclame. Mais il a commis une faute politique car cette volonté hégémonique sur la gauche en nie son pluralisme et ne favorise pas le débat pour l’union.
Certes on pourrait penser que la manœuvre est habile. Elle l’est par certains côtés puisqu’il fait appel directement au peuple pour le soutenir et au passage court-circuite les éventuels prétendants de son mouvement à la candidature comme François Ruffin ou Clémentine Autain. Elle l’est beaucoup moins à l’égard des autres forces politiques de gauche et de leurs électeurs qui s’agacent de voir que Jean-Luc Melenchon emploie des méthodes que d’aucuns ne jugent pas démocratiques puisqu’elles ignorent la spécificité de leurs organisations et le débat sur la diversité nécessaire au rassemblement.
Le but de Jean-Luc Melenchon est bien d’être l’unique candidat de rassemblement de la gauche pour accéder au 2eme tour de l’élection présidentielle qu’il pense pouvoir emporter haut la main quelque soit le candidat ou la candidate qui sera en face de lui, d’être élu président de la république et d’agir théoriquement selon le programme de la LFI complété depuis 2017 des travaux des parlementaires de son groupe.
Ce but peut-être l’aurait-il atteint autrement en négociant avec ses partenaires sur le programme et sur la candidature ce qui aurait permis un débat pluraliste, un échange sur le fond de la politique à entreprendre au sein du peuple, d’autant qu’avec la grave crise sanitaire c’est la crise économique et politique qui s’appronfondit très gravement et que le monde d’après nécessite d’ores et déjà des combats qui exigent la rupture avec le monde d’avant, c’est à dire celui du capitalisme. Mais en faisant ainsi il aurait été contraint d’être fortement interpellé sur le contenu même de ce que propose la FI dans son programme qui est désormais bien dépassé face à la situation nouvelle créée par la crise sanitaire et ses conséquences économiques et sociales.
Cette exigence de rupture devient plus forte que jamais et malheureusement Jean-Luc Melenchon passe à côté en privilégiant ses ambitions personnelles.
Jean-Luc Mélenchon avait pourtant annoncé cet été une « profonde convergence avec le programme développé par le secrétaire national du PCF, Fabien Roussel ». Le leader de la France insoumise a très bien compris qu’il n’est pas en mesure de créer la dynamique à gauche à lui tout seul et il sait que la FI n’a pas suffisamment de relais populaires sur le terrain du fait même qu’il a très peu d’elus locaux et un réseau militant relativement faible. Il a compris aussi que F. Roussel est en train d’adopter une stratégie qui pourrait mobiliser fortement les militants du PCF car Roussel contrairement à ses prédécesseurs, Hue, Buffet ou Laurent semble ne pas se placer sur une ligne purement réformiste et électoraliste. Roussel peut mener voire gagner une bataille de fond au sein du PCF : celle d’avoir une ligne de lutte de classes qui mobilise les militants sur le terrain et gagne des points dans la classe ouvrière et les milieux populaires en particulier dans la jeunesse. Tout dépendra à la fois de ses capacités et de sa volonté de s’appuyer sur le réseau des communistes révolutionnaires et de les remobiliser en apportant des preuves de cette volonté mais aussi de sa volonté d’avancer sur un programme communiste qui réponde mieux aux exigences de la situation, c’est à dire un programme au contenu de classe plus affirmé qui poserait en grand comme fil conducteur l’appropriation sociale des moyens de production et de nouveaux rapports de production, conditions de base pour commencer à rompre avec le capitalisme et le dépasser.
Au sein des forces de gauche ce qui peut se jouer est donc de revenir sur le fond de la question politique : comment battre durablement le neo-liberalisme sans commencer une rupture avec la domination capitaliste ? Or sur ce fond le programme de la France insoumise est loin de mesures immédiates qui permettraient d’engager cette rupture.
Est-ce que pour autant le PCF, lui, présenterait un programme plus avancé dans cette rupture avec le capitalisme alors qu’il est accusé de s’être compromis trop souvent avec le PS qui a développé le « social-libéralisme » euphémisme pour parler du neo-liberalisme de gauche ?
Oui et non. Non parce que pour l’instant les textes élaborés par le PCF restent encore insuffisants quant à la question de la socialisation des grands moyens de production notamment sur une définition plus précise de celle-ci. Oui parce que le courant au sein du PCF qui se prononce pour une telle rupture s’est renforcé et qu’il pourrait gagner encore en influence dans le parti et dans la population à l’occasion du prochain congrès.
Si les récents discours de Fabien Roussel sont étudiés attentivement, on y voit qu’il revient sur les fondamentaux du communisme. L’idee de mettre le programme du PCF en débat dans le peuple et dans les luttes est fondamentale car elle sort le PCF d’une pratique « huiste » purement électoraliste de soutien à des candidats y compris sans que lui même ne présente le sien.
L’orientation que semble adopter F. Roussel est très intéressante puisqu’elle vise à ce que les citoyens se saisissent du fond politique.
Si le PCF entreprend ce que propose son secrétaire national en terme de pratique militante au plus proche des citoyens, il est probable que le PCF commencera à faire la différence dans le débat avec la FI. Car la qualité et l’efficacité de l’union des forces populaires dépend de ce débat au sein du peuple et non entre les états-majors de partis.
Par exemple, sa proposition de zéro chômage pour les jeunes est une idée qui peut être très populaire si elle est expliquée sur son financement et le sens qu’elle donne à une perspective d’une autre société en s’inscrivant dans un parcours de securité emploi-formation. Mais il ne peut y avoir de formule magique incantatoire avec l’idée de « Securite-emploi-formation », il faut que celle-ci soit très concrètement comprise et devienne un objectif de lutte des gens en lien avec une présence des militants communistes sur le terrain dans les entreprises.
Quand Jean-Luc Mélenchon parle de profonde convergence avec le programme communiste et qu’il écrit à Fabien Roussel pour envisager une alliance c’est qu’il sait très bien que le programme communiste peut avoir un écho important dans le peuple et en stratège expérimenté qu’il est, il essaie de flatter pour éviter le débat de fond qui n’existe pratiquement pas au sein de la LFI et encore trop peu au sein du PCF et donc à ce jour quasiment presque pas dans le peuple.
Si les militants de gauche se disent « ah c’est super PC et LFI se rabibochent » et s’en tiennent là, ce sera une illusion électoraliste de plus. C’est sans compter sur la détermination des communistes marxistes à ne pas disparaître comme organisation qui offre un outil révolutionnaire parce que le marxisme c’est la théorie en action et la pratique en théorisation. C’est pourquoi ils auront certainement très à cœur de ne pas laisser cette illusion que les élections suffiraient pour commencer à transformer la société en revenant sur le débat de fond à gauche qui ne peut se faire qu’avec les salariés et les citoyens dont la conscience des enjeux et l’implication dans les luttes sont indispensables.
Les illusions sur l’écologie politique par exemple : Jadot vient de se prononcer pour un capitalisme vert, cela a le mérite de la clarté. Comme chacun sait le capitalisme vert c’est comme si Le Pen annonçait qu’elle devient communiste, pure tartufferie démagogique puisque c’est le mode de production capitaliste qui provoque la destruction humaine et environnementale de la planète. Sans débat sur le mode de production capitaliste justement, il ne peut y avoir de perspective politique sérieuse pour les luttes des travailleurs. Ce débat est une priorité.
Or la FI pour le moment fuit ce débat. Il y a une divergence fondamentale entre le programme de la FI et celui du PCF et elle porte sur la question économique, le type de société à construire : ce n’est pas une différence de paille mais de poutre ! Car sans modifier profondément le mode de production, sans rupture avec le capitalisme, l’eco-socialisme ou le socialisme démocratique ne sera qu’un vœu pieux !
En effet le programme de la FI, ne propose pas une rupture avec le capitalisme et n’a pratiquement aucune mesure de transformation du mode de production et de la propriété des entreprises. Si son arsenal politico-institutionnel présente des mesures pour une 6eme république, la partie économique relève d’un réformisme keynésien qui n’est pas du tout à la hauteur des possibilités de réponses au capitalisme au moment même où la financiarisation des économies provoque la crise du capitalisme occidental et que la Chine est devient la 1ere puissance productive mondiale avec un système inédit qu’elle nomme « socialisme de marché ». D’un côté un programme économique réformiste du passé et de l’autre la possibilité pour les communistes de prendre en compte un programme qui ouvrirait une perspective révolutionnaire pour construire le socialisme en France. Il faut donc débattre sur le fond et pas seulement déclarer qu’il y a des convergences. Il faut par conséquent argumenter, ni flatter, ni s’invectiver. Et c’est le rapport de force dans le peuple qui dira à chaque formation politique ce qu’elle aura à faire pour les élections.
Plus que jamais il est nécessaire de ne pas placer l’exigence de transformation au niveau des alliances entre partis mais à l’aune des capacités du peuple et en particulier du salariat à s’organiser en classe consciente de ses objectifs et de sa stratégie politique.
Pour réussir la révolution, les alliances entre partis doivent être les conséquences de l’organisation du prolétariat et non leurs causes qui, l’histoire le montre, ne seraient que pure et dangereuse illusion électorale et casseraient toute stratégie de construction d’une société socialiste par les gens.
L’alliance entre partis ne génère pas a priori de mouvement populaire conscient parce qu’elle est jusqu’ici fondée sur des enjeux électoraux uniquement. Par contre le mouvement populaire dans sa dynamique autonome construit des réponses en dialectique avec les partis, définit quelles unions politiques et reconnaît les siens, cela est plus exigeant mais c’est la garantie que demain le socialisme sera une création populaire et non etatico-administrative car les citoyens auront lutté pour « leur socialisme » ( Souvenons nous de l’échec de la gauche : on en a eu l’exemple avec Mitterrand en 81 et les années suivantes qui ont été l’ouverture au neo-liberalisme et la défaite politique du mouvement populaire, mais aussi de celui de Tsipras en Grèce ).
Autrement dit je reprendrai un aphorisme bien plus vieux que ceux de Marx, Engels et Lénine : « Ne mettons pas la charrue avant les bœufs » C’est le peuple qui est le moteur du mouvement pour avancer sinon on recule. Et les élections ne changeront rien si le peuple n’est pas mobilisé et organisé sur des objectifs clairement définis dans la lutte contre le capital et sur des droits politiques et économiques à arracher sans attendre les élections.
Les circonstances du COVID, du terrorisme, ont poussé le pouvoir à prendre des mesures liberticides qui heurtent fortement les citoyens dans la foulée de la répression contre les Gilets jaunes et des luttes sociales de fin 2019 et début 2020. Le capitalisme dévoile sa vraie nature en étant incapable de répondre notamment aux immenses besoins de santé, d’emplois, d’éducation, de securité. En développant une pénurie grandissante pour des millions de gens.
Cette situation est propice à l’avancée des idées révolutionnaires car les gens ont soif de comprendre comment s’en sortir.
Nous verrons comment, lors de la préparation du Congrès du PCF, les idées les plus avancées pour ce combat l’emporteront ou pas.
Jean-Paul LEGRAND
ancien responsable fédéral du PCF de l’Oise
ancien collaborateur du Comité central du PCF (1991-1994)
élu de Creil pendant 3 mandats
désormais retraité de l’éducation nationale dans le Tarn
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